mars 3rd, 2017

Liens secrets entre deux familles

La romancière turque Elif Shafak nous conte l’histoire de deux familles, l’une arménienne exilée aux Etats-Unis, les Tchakmakhchian, l’autre, les Kazanci, turque et stambouliote, et révèle les liens secrets qui les unissent sans qu’elles le sachent.

L’auteur nous expose ici un voyage dans l’histoire turque et arménienne à travers le voyage d’Armanoush vers Istanbul, à la découverte des origines de sa Grand-mère. Sous couvert de personnages parfois drôles ou émouvants, Elif Shafak nous parle ici d’un sujet grave, particulièrement en Turquie : le génocide Arménien.

On rappelle que la Turquie ne reconnaît pas le génocide arménien perpétré de 1915 à 1916.

Pourtant le livre d’E. Shafak n’a rien d’historique. C’est un roman qui aborde le passé et la façon dont il influence ce que nous sommes aujourd’hui. L’auteur nous montre comment un pays, la Turquie, s’est coupé de son passé. Pour l’état turc, ce qui est arrivé sous l’empire ottoman ne doit pas être évoqué, seule compte la république actuelle. Parallèlement, on comprend également à quel point la diaspora arménienne est totalement accaparée par son passé et ne construit son identité qu’à travers le souvenir d’un génocide et la haine des turcs.

Cependant, l’histoire de ces deux jeunes filles, Asya et Armanoush, nous montre que malgré toutes les tentatives de se nier les uns les autres, turcs et arméniens sont liés et surtout mélangés à l’image d’Istanbul.

Pour ma part, j’ai trouvé ce livre piquant, émouvant et ironique, mêlant spiritualité du Moyen-Orient et féminisme. On peut l’observer dans le comportement de Zeliha et les Règles d’Or de la Prudence Féminine Stambouliote:   » Ne jamais répondre lorsqu’on est harcelée dans la rue. Une femme qui répond à son harceleur, a fortiori une femme qui insulte son harceleur, ne fait que l’enthousiasme de ce dernier! « .

Tout ceci étant allié à une leçon d’histoire, de cuisine, mais surtout à un secret de famille dont on brûle de connaitre la teneur, et c’est d’ailleurs la fin de ce secret qui apporte toute l’émotion chez le lecteur.

En résumé, c’est un livre quasiment parfait. Une histoire émouvante, mêlée à une touche de suspense.

Syrine 602

février 26th, 2017

Un lien ancien dans l’espace comme dans le temps

La batârde d’Istanbul est un roman publié en 2006 par Elif Shafak,  une auteure turque qui a pour habitude de souvent mélanger les cultures orientales et occidentales dans ses écrits.

Dans La batârde d’Istanbul l’auteur nous conte parallèlement l’histoire de deux personnages féminins.

Asya, est une jeune turque qui effectue ses études à Istanbul et qui vit avec sa mère, Zéliha, et ses tantes dans une maison où elles ne sont qu’entre femmes. Ces dernières renferment des secrets.

Amy, de son vrai nom Armanoush est également une jeune fille mais d’origine arménienne vivant en Arizona aux États-Unis. C’est une descendante des arméniens qui ont fui les violences des turcs au moment du génocide. Depuis le divorce de ses parents Amy partage sa vie avec sa mère et son beau-père en Arizona. Un jour, cette dernière désirant retourner dans sa ville d’origine, Istanbul, décide en opposition à l’avis de ses parents de rallier la capitale turque. Sur place elle est accueillie  par la famille de son beau père qui se trouve être celle d’Asya.

A partir de ce moment on va découvrir au fil du livre, page après page les nombreux liens qui rapprochent les deux filles et qui vont révéler un épisode supplémentaire de l’histoire familiale…

J’ai apprécié la lecture ce livre car il nous fait découvrir les cultures arméniennes et turques qui sont plutôt attachées à leurs valeurs et leurs traditions par opposition à la culture occidentale qui elle est davantage tournée vers le progrès et le futur.

J’ai également aimé ce livre car il est engagé. En effet, il dénonce le génocide arménien qui n’a toujours pas été reconnu par l’état turc; ce dernier va jusqu’à poursuivre en justice ceux qui osent en parler! Elif Shafak en a personnellement été victime…

Donc je conseille ce livre car il permet de découvrir les cultures turques et arméniennes et surtout de nous informer sur l’histoire du génocide arménien.

Sergi 602

février 18th, 2017

Une journée à ne pas oublier

La Seine était rouge est un roman écrit par Leïla Sebbar en 1999. A travers cet ouvrage, certes court mais très explicite, Leïla Sebbar nous dévoile  un  massacre commis par la police française sur des manifestants algériens durant la guerre d’Algérie, le 17 Octobre 1961, à Paris. Pour dénoncer ce sujet tabou encore aujourd’hui et  l’horreur de cette terrible journée, l’auteure a choisi de raconter l’histoire d’ Amel qui cherche à tout prix à découvrir ce qu’ont vécu ses parents lors de cette période sombre et ce qu’ils lui cachent. Cette jeune fille aura tout le long l’aide précieuse de Louis et de son film documentaire qui permettra de recouper les informations sur ces événements historiques.

Raconter cette histoire est en fin de compte naturel pour Leïla Sebbar. En effet, cette femme est née à Aflou (Algérie) en 1941 et  a passé ses études et la suite de sa vie à Paris  juste après ces événements (1962)  encore bien présents dans les esprits de la communauté algérienne vivant à Paris.

J’ai trouvé ce roman très instructif puisqu’il m’a fait découvrir un moment de l’histoire française dont je ne connaissais pas l’existence et c’est cet aspect du livre qui m’a tenu en haleine jusqu’à la fin.  En effet, avant de savoir la vérité, Amel va devoir être patiente  et ce dialogue dès le début du livre nous le fait comprendre :  » “Tout, non, mais ce qui fait mal, oui. Voilà, je voulais pas te dire que le malheur existe, et tu m’obliges…” “Mais je le sais, tu m’apprends rien. On le voit tous les jours à la télé, on le lit, je le lis dans les livres…” “Dans les livres, à la télé… C’est pas pareil ce que je te dirai un jour, au jour dit, et ta mère aussi.” « . Ensuite l’auteur a retranscrit avec une forte sensibilité ce qu’ont traversé ces familles algériennes vivant depuis ces événements jusqu’à aujourd’hui à Paris. Pour cela elle est passée par de nombreux témoignages en tête à tête, vidéos ou encore photographiques et c’est vraiment lors de ces moments que le récit était le plus intéressant et émouvant. La romancière a donc réussi a raconter l’histoire d’Amel qui cherche à connaître une vérité tout en dénonçant un sujet tabou.

En revanche, la lecture de ce récit est à mon goût assez compliqué et je n’ai pas pris du plaisir à le lire. Je pense que ce style littéraire n’est pas forcément adapté à tous les adolescents. Tout d’abord, on se mélange facilement dans les nombreux dialogues, les personnages peuvent par exemple prendre la parole plusieurs fois sur une ligne.   De plus elle aurait peut-être pu plus développer et moins condenser son écriture pour être par moment plus claire.

Pour terminer, je dirais que ce roman se rapproche d’un documentaire  avec ses nombreux témoignages afin d’avancer sur une enquête. Cet aspect ainsi que les dialogues rendent la lecture compliquée et le livre difficile à finir. je ne conseille donc pas forcément ce livre à tous les jeunes mais surtout aux lecteurs assidus et chevronnés.

Mathieu R. 602

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

février 18th, 2017

Portraits de femmes

La bâtarde d’Istanbul est un roman écrit par Elif Shafak en 2006. Cette écrivaine est d’origine turque. Dans ses livres, elle mêle les traditions romanesques occidentales et orientales, donnant naissance à une œuvre à la fois locale et universelle.

Dans ce livre, on suit l’histoire de deux personnages principaux.

Armanoush, surnommée Amy est une jeune fille d’origine Arménienne mais vivant dans l’état d’Arizona en Amérique. Amy est une descendante des Arméniens qui ont émigré massivement aux Etats-Unis pour fuir les exactions turques. Ses parents ayant divorcé, elle partage son temps entre sa famille arménienne et sa famille américaine, celle-ci composée de sa mère et de son beau-père.

Asya, une jeune étudiante turque d’Istanbul est la fille de Zéliha, une mère célibataire et fille naturelle qui ignore qui est son père. Asya vit avec sa mère et ses tantes dans une maison uniquement habitée de femmes où se cachent de nombreux secrets. Un jour, Amy veut retourner dans sa ville d’origine. Elle décide donc de se rendre à Istanbul à l’encontre de l’avis de ses parents. La jeune Américaine se fait donc héberger en Turquie par la famille de son beau père. Ses hôtes se trouvent donc être la famille d’Asya.

C’est ainsi qu’aux cours des pages, on découvre  détails par détails, les terribles liens qui unissent les deux jeunes filles Armanoush et Asya, et dont la révélation provoque une nouvelle tragédie familiale.

J’ai beaucoup aimé ce livre car on suit un voyage dans l’histoire turque et arménienne à travers le périple d’Armanoush vers Istanbul, à la découverte des origines de sa grand-mère et des siennes. Ainsi on découvre plusieurs cultures différentes : d’un côté un mode de vie turque assez traditionnaliste, attaché à sa culture, à sa nourriture, à son histoire, de l’autre un mode de vie occidental incarné principalement par la mère d’Amy. Dans son livre, Elif Shafak nous parle d’un sujet grave, particulièrement en Turquie : le génocide arménien. En effet, la Turquie ne reconnaît pas le génocide arménien perpétré de 1915 à 1916. Le simple fait d’en parler dans ce pays peut valoir un procès, ce qui est arrivé à l’auteure.

C’est un livre qui aborde le passé et la façon dont il influence ce que nous sommes aujourd’hui. On peut relever cette citation du livre qui illustre parfaitement cela : « Je ne peux pas changer la direction du vent, mais je peux ajuster mes voiles pour toujours attendre ma destination ». L’auteure montre comment la Turquie s’est coupée de son passé. Mais le livre d’Elif Shafak n’a rien d’un roman historique. Outre le fait que ce roman soit axé sur l’histoire de la Turquie, il y a beaucoup d’humour et certaines jeunes filles peuvent facilement se reconnaître dans les personnages, ce qui n’a pas été mon cas. Par exemple, cette citation m’a beaucoup fait rire : « Zeliha lâcha un chapelet de jurons. Consciente d’être la seule femme de sa famille, et l’une des rares Turques, à user d’un langage si grossier avec une telle véhémence, chaque fois qu’elle se mettait à jurer, elle le faisait copieusement, comme pour compenser la retenue des autres ». Et j’ai aussi bien aimé les personnages d’Asya et d’Armanoush car au cours de l’histoire, elles tissent des liens d’amitié alors qu’elles sont différentes dans leur façon d’être : elles se complètent parfaitement.

Pour conclure, je vous conseille vivement de lire ce roman percutant et touchant. L’auteure nous plonge  dans le passé et le présent à travers une histoire émouvante de femmes dans la Turquie moderne.

Tiphaine M. 602

février 12th, 2017

Ice-Temps-Boule

Une ville, figée par la glace du temps dans une boule de cristal, Istanbul, ice-temps-boule. Il ne suffit que de renverser cette boule, boule à neige, pour que pleuve de nouveaux toutes les horreurs d’un génocide, dissimulées tant bien que mal.

La Bâtarde d’Istanbul est une boule de cristal qui nous dévoile l’histoire d’un pays et la mémoire fragmentée et divisée d’une ville. Elif Shafak, fille de cœur de la Turquie, nous conte une curieuse histoire. Ce surprenant roman nous dépeint deux familles d’apparence très différentes qui, au fur et à mesure des pages, dévoilent des liens insoupçonnés. Mêlant passé et présent, souvenirs et faits réels, l’auteure manie avec une adresse surprenante le suspense et le doute.

Une des deux héroïnes, habitante d’Istanbul, se nomme Asya et est née dans la famille des Kazanci.  Elle est issue dune mère qui, par son style et son métier se révolte contre les idées reçues sur les femmes, chose rare à cette époque mais surtout dans ce pays, et d’un père inconnu dont personne ne lui a jamais parlé. Entourée d’une présence féminine parfois étouffante représentée par ses tantes, cette jeune femme laisse exploser la rage, qu’elle a héritée de son atypique mère, envers une société qui ne la comprend pas. De nationalité Turque, elle renie pourtant le passé et ne s’approprie pas celui-ci, une réaction que nous pouvons comprendre compte tenu le mystère qui pèse sur ses origines et les lourds secrets non dévoilés de cette famille.

De l’autre côté du monde, une jeune femme dévoreuse de livre et possédant sensiblement la même âge qu’ Asya, appartient à une longue lignée d’Arméniens traumatisée par le génocide qui débuta en 1915, et fut provoqué par les Turcs. Nommée Armanoush Tchakhmakhchian, elle a pourtant une mère blonde et dodue qui s’est remariée à l’oncle d’Asya. Constamment en recherche de nouveaux éléments accréditant la faute des Turcs et attisant sa haine, elle décide de quitter les Etats-Unis où sa famille s’était réfugiée, pour partir à la recherche de ce passé traumatisant et se faire un avis sur ses ennemis héréditaires.

Deux femmes, deux histoires, opposées mais complémentaires qui se lieront indéniablement au sein même d’une ville cosmopolite. Une découverte qui va bouleverser le cours de leurs vies en soulevant quelque peu le mystère posé sur leur passé.

Tout au long de ce passionnant roman, entre intrigues et relations plus ou moins conflictuelles, nous voyons évoluer ces deux personnages et nous découvrons les problèmes entre deux peuples qui se trouvent plus que différents mais qui se ressemblent en fait étrangement. Avec d’un côté une grande famille blessée qui transmet à chaque génération ses douleurs et qui continue encore à les raviver. De l’autre côté, les « coupables », qui, cependant, ont choisi d’oublier ce passé horrible et inhumain pour se tourner vers un avenir peut-être plus prometteur. Deux points de vue représentés par les deux jeunes filles, qui vont, par cette rencontre, essayer de s’ouvrir à cette nouvelle et différente façon de vivre et de penser.

Un livre donc qui nous ouvre nous aussi vers une façon autre de penser, avec un décor et des habitudes que nous ne connaissons pas et qui m’ont passionnés. Par exemple, les relations dans la famille, où les ancêtres sont respectés et possèdent une grande importance, qui contrastent avec nos propres relations avec les personnes âgées que nous mettons aujourd’hui dans des maisons de retraite,  lieux qui ressemblent plus à des maternelles qu’à un lieu de résidence où ces personnes serait jugées aussi aptes à vivre que la jeunesse.

Avec la nourriture, aussi, nous découvrons premièrement des traditions communes entre les peuples Arméniens et Turcs. Ensuite, une alimentation riche et gourmande, qui demande un temps de préparation que nous ne pourrions nous permettre, nous, occidentaux, qui sommes pressés par le temps et la vie, et qui place nos aliments plastifiés bien bas. Un rythme donc, différent, qui fait du bien à s’imaginer.

Une écriture ensuite, très esthétique, qui nous embarque, avec un tourbillon d’adjectifs et de détails, qui ne m’a fait lâcher ce roman qu’après avoir fini la dernière ligne. C’est un art de manier les mots justement, et il me semble qu’Elif Shafak l’a très bien fait.

« Cette ville était un fouillis d’odeurs, certaines fortes et rances, d’autres douces et stimulantes. Presque chacune d’elles lui rappelaient un aliment, à tel point qu’elle commençait à considérer Istanbul comme un grand festin. »

On voit dans ce court passage une référence avec la nourriture stambouliote citée plus haut. Semé d’une jolie métaphore et d’images intéressantes, il nous montre le ressenti d’Armanoush à son arrivée à Istanbul.

« Règle d’Or de la Prudence Féminine Stambouliote : Ne jamais répondre lorsqu’on est harcelée dans la rue. Une femme qui répond à son harceleur, a fortiori une femme qui insulte son harceleur, ne fait qu’attiser l’enthousiasme de ce dernier! »

Une citation que j’apprécie et qui se trouve dans les premières lignes du roman. Avec une ironie évidente, elle montre les idées de Zeliha, la mère d’Asya, sur la condition des femmes à Istanbul.

Deux vies donc, qu’émotions et tourments traversent et qui par ce lien de papier nous parviennent, des personnages qui habiteront toujours mon imagination tellement leurs tempéraments sont forts et ce génocide atrocement meurtrier. Un grand roman résumé en une seule phrase, qui j’espère attisera votre curiosité littéraire.

Raphaëlle Charrassin 602