7 février 2018

La face cachée de la Coupe du Monde 78

Très souvent, les Etats se sont servis d’événements publics pour dissimuler des actes répréhensibles.  On observe ces comportements depuis l’Antiquité, où les empereurs utilisaient les jeux du cirque pour s’attirer la bienveillance du peuple, et ainsi, éviter une quelconque révolte.

C’est ce type de comportement qui est décrit dans La peine capitale, écrit en 2016 par Santiago Roncagliolo. L’auteur est né en 1975 au Pérou, pays dans lequel il a situé son histoire qui se passe durant l’été 1978. Or, il se trouve que cette date correspond à la 11ème Coupe du Monde de foot, qui a eu lieu en Argentine, pays frontalier du Pérou, compétition pendant laquelle le Pérou se qualifie en demi finale avant de s’incliner face à l’Argentine.

Ce roman mêle affaires politiques, matches de foot et enquête policière. Il raconte l’histoire de Felix Chacaltana Saldivar, jeune homme d’une trentaine d’années, travaillant comme assistant archiviste au Palais de Justice, personnage quelque peu maniaque. Il vit avec sa mère et fréquente Cecilia depuis quelques mois. Au début de l’histoire, son seul ami, Joaquin Calvo, est retrouvé mort, assassiné. La suite du récit est centrée sur les recherches de Chacaltana, visant à découvrir qui est le meurtrier de son ami.

Dès le début de l’histoire, le lecteur est plongé dans une ambiance pleine de suspense : un homme transporte un colis qu’on devine être un enfant, il a peur et, poursuivi, se met à fuir dans les rues de Lima avant de se faire tuer. Plus tard, on découvrira que c’est Joaquin. Tout au long du récit, l’auteur nous tient en haleine en ajoutant de nouvelles pistes et preuves dans l’enquête de Felix.

Le ton du livre est à la fois comique avec le décalage des personnages comme la mère de Chacaltana, très croyante, qui pense que tout est pêché : des élections présidentielles au simple baiser entre son fils et Cecilia. D’ailleurs, leur relation amoureuse est aussi un peu ridicule, donc comique, à cause du comportement de Felix qui, en pensant respecter sa copine, n’ose aucun geste, ce qui la fait douter de ses sentiments.

L’atmosphère du roman est à la fois sombre et dérangeante car ce qui paraît n’être qu’un simple règlement de compte devient une affaire de trafic international d’enfants.

En plus d’avoir une trame intéressante, ce livre est instructif historiquement parlant : on voit la première élection présidentielle au Pérou qui n’avait pas connu cela depuis un certain temps et toute les répressions que cela a entraîné. En effet, une campagne de lutte antiguérilla nommée Opération Condor, consistait en l’alliance de 5 pays d’Amérique latine, sous dictature, qui se coordonnaient pour arrêter les opposants, le plus souvent communistes ou républicains, alors même qu’ils passaient les frontières pour se réfugier ailleurs. Les dirigeants profitaient de l’euphorie des matches de foot pour procéder à ces arrestations en toute discrétion… Au moins 377 personnes ont été victimes d’enlèvement, tortures et assassinats à cause de cette opération.

Opération Condor :http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=795 

J’ai bien aimé ce livre et je le conseille à ceux qui aiment les romans policier !

Charlotte, 606

 

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