6 mars 2018

Une situation ambiguë à Kobane

Le livre de Michele Rech, alias Zerocalcare, s’intitule Kobane Calling et est une bande-dessinée racontant les péripéties de son auteur dans son voyage en Syrie.

Commençons par la partie documentaire pure : l’auteur part en Turquie à la frontière syrienne. Il est à deux kilomètres de Kobane, ville qui tente de survivre et de résister à Daech. La situation semble compromise. De retour à Rome, Zerocalcare ressent le besoin de repartir. Non pas pour étudier les conséquences de Daech, mais parce qu’il a entendu parler du régime qu’essaient de mettre en place les habitants de Kobane : multiculturel, participatif, égalitaire et non-misogyne. Attiré par cette utopie, il veut se rendre compte par lui-même de la véracité des dires. C’est parti pour un nouveau voyage semé d’embûches!

Ce qui fait la réussite de  Kobane calling  (et qui aurait pu le plomber aussi), c’est qu’on sent que l’auteur n’est pas du tout préparé à réaliser un ouvrage pareil. Cette maladresse de l’auteur se transforme en force dans le sens où il dédramatise l’ouvrage. S’il sait être grave quand il le faut, le fait qu’il centre parfois le récit sur ses problèmes d’occidentaux (les lentilles au petit déjeuner, l’incapacité de déféquer…) donne au lecteur l’occasion de respirer. Même si les mécanismes utilisés sont classiques et déjà vus, Zerocalcare rythme parfaitement sa narration pour garder le lecteur en haleine et ne jamais l’ennuyer. L’humour fait mouche quasiment tout le temps, l’auteur utilisant des blagues à répétitions.

Difficile de ne pas être sensible au récit de l’italien. Car au-delà des horreurs de Daech sur le terrain, des rencontres improbables, c’est tout un message de tolérance qui est porté. Zerocalcare se retrouve au milieu de gens qui prônent la tolérance et qui souhaitent mettre en place des sociétés égalitaires. Mais au-delà des discours, ils se battent, seuls, contre tout le monde.
Au niveau du dessin, Zerocalcare a un trait dynamique, qu’on sent influencé dans le manga, tant dans les personnages que dans les découpages. Rehaussé de gris, il est très agréable et expressif, parfaitement adapté au sujet. Les décors nous plongent pleinement dans l’ambiance. Une belle réussite.

Cet ouvrage est une vraie pépite, dont les petites imperfections en font le charme. C’est finalement la naïveté assumée cité ci-dessus qui fait le sel de l’ouvrage. Car sans les respirations apportées par l’auteur, Kobane calling aurait vite pu être indigeste ou déprimant. Je vous conseille vivement de le lire !

Bonne Lecture !

Ridwan, 606

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